Toute « génération » qui ne souhaite ne pas échouer de la même manière que la précédente tient dans sa main une exigence d’entendre la sentence qui se loge dans chaque expérience vécue. Répéter les erreurs passées n’a jamais mené quiconque à un accroissement de puissance. Le temps n’est pas contre nous, mais son urgence l’est. Au détour de nos habitudes d’accueillir des pensées, il semble qu’accueillir par exemple la sagesse des sages de la Michna, ouvre d’autres plans pour se mouvoir. La traduction d’Éric Smilevitch du Pirkei Avot, dans le chapitre 4, Michna 5, dit ceci : « Ne fais pas de la Torah une couronne pour t’ennoblir ni une pioche pour creuser », entendre pour celles et ceux soucieux de la révolution, « ne fais pas de la Révolution le fétiche qui justifie les horreurs commises et les futures à commettre ». Car la révolution a bon dos pour les saloperies. Les circonstances actuelles rappellent le continuum de tels actes.
Ce qui s’exprime dans la saloperie est une manière de gouverner par des actes de sidérations. Ainsi, les effets de sidération sociaux ou gouvernementaux conduisent les êtres à une collision sociale. Une mutilation de grande envergure où le pouvoir vient apporter son soin. Les béquilles sociales et politiques remplacent tout ancrage au monde. Toute consistance est brisée, réduite à un morcellement de l’unicité de ses facultés qui s’éprouve dans la dynamique de l’expérience vécue. Tout le caractère singulier perd la clé de la porte de l’impersonnel, le mode de partage de l’expérience est impossible. La consistance comme l’expression de la mise en présence d’une manière singulière de vivre n’est plus. Dès lors, l’inconsistance règne pour maintenir le statu quo. L’inconsistance devient une tactique, un ensemble de stratagèmes destiné à maintenir l’emprise du pouvoir démocratique sur et à l’intérieur même des êtres. On se compromet à faire tout et son contraire, on oublie assez vite à quoi on tenait. On passe sous silence la nature profonde de cette trahison à soi et aux autres et on masque bien évidemment « une certaine inclination », comme dirait Descartes, celle qui mène à désirer et à jouir du pouvoir. La soi-disant confusion de la situation excuse pour agir confusément. Cela relève du brio pervers : agir en victime pour mieux tendre le piège de l’horizontalité du pouvoir.
Nos expériences vécues énoncent une certaine mis en garde, non pour bâtir une quelconque morale, mais pour permettre, ou au moins pour essayer de permettre la justesse d’une attention au monde. Celle à même de cheminer dans la situation. Chose, bien évidemment délicate. Il nous arrive aussi de tomber dans un manque de délicatesses. La seule réponse nécessaire est de voir et surtout entendre ce manquement et en prendre acte. « Car il ne suffit pas qu’une règle soit vraie, encore faut-il qu’elle règle quelque chose ; et si elle n’est pas les deux à la fois, elle n’est rien du tout » (Éric Smilevitch).
Entêtement

