Position

Liberté et insécurité

Un texte de Giorgio Agamben
Il est probable que la dialectique cybernétique entre l’anarchie et l’urgence atteigne un seuil, au-delà duquel plus aucun pilote ne pourra diriger le navire et les hommes, dans le naufrage désormais inévitable, devront se remettre en question sur la liberté qu’ils ont si imprudemment sacrifiée.

La vérité et le nom de Dieu

Un texte de Giorgio Agamben
Depuis près d’un siècle, les philosophes parlent de la mort de Dieu et, comme c’est souvent le cas, cette vérité semble désormais tacitement et presque inconsciemment acceptée par le commun des mortels, sans pour autant que ses conséquences soient mesurées et comprises. L’une d’entre elles – et certainement pas la moins pertinente – est que Dieu – ou plutôt son nom – a été la première et la dernière garantie du lien entre le langage et le monde, entre les mots et les choses. D’où l’importance décisive dans notre culture de l’argument ontologique, qui tenait Dieu et le langage insolubles, et du serment prononcé sur le nom de Dieu, qui nous obligeait à répondre de la transgression du lien entre nos mots et les choses.

Le complice et le souverain

Un texte de Giorgio Agamben
Je voudrais partager avec vous quelques réflexions sur la situation politique extrême que nous avons connue et dont il serait naïf de croire que nous sommes sortis ou même que nous pouvons en sortir. Je crois que même parmi nous, tout le monde n’a pas compris que ce à quoi nous sommes confrontés est de plus en plus un abus flagrant dans l’exercice du pouvoir ou une perversion – aussi grave soit-elle – des principes du droit et des institutions publiques. Je crois plutôt que nous sommes confrontés à une ligne d’ombre que, contrairement à celle du roman de Conrad, aucune génération ne peut croire pouvoir franchir impunément.

Le langage des traversées mutantes

Un texte de Camille Métaformix
Il est des banalités bonnes à rappeler. La première est que le langage est un élément absolument déterminant dans la composition de l’atmosphère. Une tonalité, une température, des jeux de couleurs qui posent un agencement ordonné singulièrement. D’où le mot de travers qui est tout autant mot de traverse. Il fait tomber dans un autre univers jusqu’ici non encore envisagé bien que toujours déjà-là. L’émergence d’un sens nouveau, d’une orientation nouvelle dans le voyage commun de l’échange.

Mascolo, communisme, communication et vérité

Un texte de Louis René
Il y a des livres dont la densité de la forme et du contenu travaille l’esprit au fil des lectures, rendant presque impossible d’écrire sur, mais possible d’écrire avecLe communisme de Mascolo est l’un de ces livres. Il prend comme point de départ la question la plus primordiale qui soit, la question du communisme. Pour cela, il faut être capable de saisir sensiblement cette question, ne plus partir de conditions économiques, sociales ou politiques, mais partir de la vie même, partir de l’éthique.

Silence et langage

Un texte d’Arante
Il y a eu un temps où la parole était seulement une possibilité parmi l’infinité des choses possibles. Sur la Terre quelques hominidés ont commencé à chanter comme les oiseaux. On chantait avant de parler. Et la parole a été un fleuve qui a tari un long silence. Un premier silence. Aujourd’hui, je voudrais vous parler d’un nouveau silence.

Voici venu le temps de pleurer sur notre sort

Un texte de Marshall Sahlins
On ne dira jamais assez que les animaux sauvages ne sont pas des « animaux sauvages ». Je veux dire qu’ils ne sont pas les « bêtes sauvages » que les hommes sont par nature, poussés par leurs désirs insatiables, semant la guerre et la discorde entre eux. Voici venu le temps de pleurer sur notre sort : « homo homini lupus », l’homme est un loup pour l’homme. Cette expression des pulsions humaines les plus noires, que Freud utilise après Hobbes, remonte à̀ un aphorisme de Plaute du deuxième siècle avant notre ère.

La culture est la nature humaine

Un texte de Marshall Sahlins
Qui sont alors les plus réalistes ? Je crois que ce sont les peuples que j’ai évoqués, ceux qui considèrent que la culture est l’état originel de l’existence humaine, tandis que l’espèce biologique est secondaire et contingente. Ils ont raison sur un point crucial, et les rapports paléontologiques sur l’évolution des hominidés leur donneront raison, ainsi que Geertz qui en a brillamment tiré les conclusions anthropologiques. La culture est plus ancienne que l’Homo sapiens, bien plus ancienne, et c’est elle qui est la condition fondamentale de l’évolution biologique de l’espèce.

Doctrine de la consonance

Dans le ravage contemporain, la Modernité est un champ de bataille déployant entre autres deux pseudo-perspectives : celui d’un capitalisme vert et d’un capitalisme liquidateur. Ces deux perspectives étroitement liées sous tous leurs aspects, non qu’un objectif de rendre impossible une multiplicité de bifurcations, écrasent la constitution des plans d’âmes.

L’autoconservation du capital et l’horloge de l’apocalypse

En août dernier, une étude de la Banque HSBC prévoit une diminution drastique de la population mondiale pour 2100, soit la disparation de plus que 4 milliards d’êtres humains. Les causes que ce bureau d’étude nous balance pour justifier cette disparition de la moitié de l’humanité : la baisse du taux de natalité, le vieillissement de la population. L’annonce d’un tel scénario n’a pour véritable but que de maintenir une pression constante sur les esprits et les préparer à une intensification de l’horreur. Revoilà les années d’hiver !