La politique dans le temps de l’impossibilité de la politique

Dans la septième lettre, Platon lie sa décision de se consacrer à la philosophie aux conditions politiques malheureuses de la ville dans laquelle il vivait. Après avoir essayé par tous les moyens de participer à la vie publique, écrit-il, il s’est finalement rendu compte que toutes les villes étaient politiquement corrompues (kakos politeuontai) et s’est alors senti contraint d’abandonner la politique et de se consacrer à la philosophie.
La philosophie se présente dans cette perspective comme un substitut à la politique. Nous devons nous occuper de la philosophie, car – aujourd’hui pas moins qu’à l’époque – faire de la politique est devenu impossible. Il ne faut pas oublier ce lien particulier entre politique et philosophie, qui fait de la philosophie un substitut de l’action politique, une suppléance et une compensation certainement pas pleinement satisfaisante de quelque chose que nous ne pouvons plus pratiquer. Quelle valeur devons-nous donc accorder à ce substitut que nous n’aurions pas choisi si la vie politique avait encore été possible ? La philosophie montre ici son vrai sens, qui n’est pas d’élaborer des théories et des opinions à proposer à ceux qui croient qu’ils peuvent encore faire de la politique. La philosophie est un mode de vie, qui nous permet de vivre dans des conditions politiquement invivables. En cela – car elle nous permet d’habiter la ville inhabitable et impolitique – la vie philosophique montre qu’elle est la seule politique possible au temps de l’impossibilité de la politique.

18 février 2026
Giorgio Agamben

Retrouvez l’article original sur https://www.quodlibet.it/giorgio-agamben-la-politica-nel-tempo-dell-u2019impossibilit-4-e

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