« Nous étions assis derrière la porte disloquée, délibérant des destinées du monde. »
Bertolt Brecht, La Décision
Au vu de la situation en cours, s’étendre à une présentation de ce numéro serait quelque peu hors de tout propos. Ce qui s’est déroulé ces dernières semaines jusqu’à l’événement du week-end du 17 octobre est la naissance d’une génération. Impossible dès lors de tenter à une quelconque manœuvre de réduire cette génération à la simple forme d’un mouvement lycéen. Car elle dépasse un tel cadre. « À un certain moment, face aux événements publics, nous savons que nous devons refuser. Le refus est absolu, catégorique. Il ne discute pas ni ne fait entendre ses raisons. C’est en quoi il est silencieux et solitaire, même lorsqu’il s’affirme, comme il le faut, au grand jour. Les hommes qui refusent et qui sont liés par la force du refus savent qu’ils ne sont pas encore ensemble. Le temps de l’affirmation commune leur a précisément été enlevé. Ce qui leur reste, c’est l’irréductible refus, l’amitié de ce Non certain, inébranlable, rigoureux, qui les tient unis et solidaires. » (Maurice Blanchot, Le Refus) Ces joyeux timides entre les blocages lycéens et l’Acte I, on mit en geste ce refus de continuer à vivre dans des conditions matérielles merdiques. « Il est décisif qu’enfin les muets parlent et que les pierres s’expriment. » Tels sont les mots de notre ami Heiner Müller dans Fautes d’impressions, qui trouve une consonance indéniable avec notre situation. Néanmoins, ce serait une erreur d’oublier où réside la puissance de cet élan, dans la joie. Voilà le seul et le véritable scandale de l’Acte I. Les traumatisseurs du pouvoir furent pris d’effroi et de sidération face à la vitalité d’une telle joie populaire. Horrifié de l’ampleur de cette ultra-sensibilité en geste, le pouvoir réagit par sa bonne vieille habitude de gouvernance : traumatisation et d’intimidation. Malheureusement pour eux, l’effet ne fut pas celui escompté, l’Acte II s’est tenu. Certes avec son lot de complexité, mais sans pour autant étouffer cette joie en mouvement. Beaucoup de choses risquent de se passer au fil des jours et des semaines, l’attention est donc de rigueur, le sérieux aussi, s’il n’est pas séparé du rire. Un certain Hobbes tenait le rire pour une chose obscène, ne tombons pas dans cette médiocrité de philosophe.
Entêtement

