Situation

La troisième guerre mondiale n’est pas encore terminée

« Nous vivons une crise historique. Je crois que nous ne sommes pas encore au fond, pas même au milieu de cette crise. De plus en plus j’y pense. Je suis convaincu que le scénario culturel, intellectuel et politique n’a pas encore exprimé tout son potentiel. Nous devons nous considérer à la fin de la troisième guerre mondiale ». La guerre dont parlait Dossetti dans cette interview de 1993 était plus dévastatrice ou tout aussi dévastatrice que les deux autres, car elle n’a été menée que par le mal au nom du mal, entre des puissances également maléfiques, quoiqu’apparemment avec moins d’effusion de sang. Mais cette guerre, de toute évidence, n’est pas encore terminée, elle a pris d’autres formes et nous y sommes encore sans pouvoir en voir la fin.

Institution, une politique ecclésiastique

L’institution est une passion française. On la retrouve à toutes les sauces, que ce soit l’institution républicaine, révolutionnaire, anarchiste, ou même la psychothérapie institutionnelle. La France est le pays de l’institution. Même la Révolution est devenue une institution, qu’on peut exporter aux quatre coins du monde. Cette spécificité française est particulièrement tenace chez les gens cultivés, à force de docilité éducative dans les grands corps de l’État et les écoles supérieures, on ne cesse de rechercher des institutions partout. La passion qu’y vouent les Français est le signe évident de son assimilation totale au christianisme, même si ce pays s’en croit pourtant libéré. Il faut revenir en deçà, revenir sur son histoire, sur sa signification originelle pour cerner ses logiques internes et ses imbrications sur la matérialité de l’existence.

Le narcissisme, un Moi liquidateur

Le désastre continue inlassablement son ravage sur les formes de vie humaines et non-humaines, détruisant par la même occasion la matérialité de l’existence de pluralité de ces formes de vie. Le désastre n’est pas simplement le produit d’un système économique et politique d’exploitation, mais résulte d’une façon d’habiter le monde. La question révolutionnaire exige d’être aussi posée dans des termes anthropologiques. Car le désastre émane d’une forme de vie : celle de la vie métropolitaine occidentale qui vampirise la presque totalité de la planète, et espère en vampiriser d’autres. Il faut alors regarder dans ses entrailles pour y voir la texture de ce qui l’anime. Ce que l’on trouve de bien sordide est le narcissisme, ce Moi liquidateur animé par ce désir insatiable d’accaparement et de destruction.

Cette fiction nommée société

Les images se font et se défont, et l’une des plus tenaces est celle de la société. Elle s’impose dès lors comme une fiction, comme une fiction policière. Écrire une fiction, puis l’effacer, ainsi la réécrire une nouvelle fois encore. Tel se constitue le geste de la société : être fait et refait. Dans cette fiction aux effets bien trop réels, la matrice essentielle tient dans le principe d’exclusion/inclusion. Pour intégrer ses proies, la société doit détruire toute hétérogénéité, établir un ordre, ordonner les corps par certaines conduites. Par son principe matriciel, la société se doit de tenir ses enfants sages, autrement dit, produire des bons citoyens est une condition nécessaire à son fonctionnement. Le citoyen est toujours bon, il le doit pour rester sous la bienveillance de la société. C’est ainsi qu’il lui est inévitable de défendre la société pour éviter le pire : être défait. Le citoyen doit prendre un chemin, celui de la guerre. C’est sa tâche, même s’il a pourtant horreur de la guerre. Sauver la société est le seul moyen pour lui de ne pas perdre le peu de consistance qu’il incarne. Une chose est sûre, la société est toujours en guerre.

Néolibéralisme militaire

À l’heure où la guerre aux portes de l’Europe rentre de plus en plus dans l’insignifiance, il est toujours intéressant de voir les motifs qui expliquent une telle guerre. Par-delà les conceptions géopolitiques traditionnelles, qui ne sont pas par ailleurs forcément fausses, il y a toujours mille manières pour un État de justifier une guerre.

La mort et les profondeurs de l’angoisse

Sur les terres crépusculaires s’érige la mort comme une icône de l’angoisse même de la vie. Au Moyen-âge et jusqu’au XVIIIe siècle, la mort s’éprouvait dans la vie quotidienne, avec une certaine « familiarité ». On peut noter par exemple au IVe siècle la « danse des morts » comme l’occasion de réaffirmer la vie, ce que l’Église ne pouvait supporter. A la fin du XVIIIe siècle, la mort s’établit comme sujet d’horreur, les lieux liés aux morts sont dès lors vus comme des lieux de pestilence, de maléfices. Certains cimetières ont subi littéralement un déménagement hors des villes. Le romantisme a participé à un retour de l’exagération du sentiment du deuil, avec le rejet de la mort, de la disparition de l’autre. Ce qui explique qu’aux XVIIIe et XIXe siècle, les lieux liés aux morts sont vénérés. L’arrivée de la médecine moderne transforme une nouvelle fois le rapport avec la mort.

Manipulation et Extinction de l’Humanité

L’instauration du risque d’extinction s’impose de plus en plus en provoquant de multiples débats. Ce qui nous importe c’est de connaître comment il est envisagé, qu’elle est la cause qui est invoquée pour expliquer son existence et le comportement qu’il induit. En ce qui concerne les instances dirigeantes pour qui gouverner c’est soigner et tranquilliser, il s’agit avant tout de gérer la catastrophe, de rassurer la population et d’inciter les gens à résister, à activer leur résilience face aux incertitudes, à se renforcer, à accepter de payer les conséquences, à avoir foi dans les élites ce qui revient à les inviter à plonger dans la dépendance, et donc à diminuer encore l’importance de leur naturalité. Ce, faisant à les rendre plus manipulables en les livrant à l’attente.

Les GAFAM et la conquête de la santé

On pourrait penser à tort que les GAFAM sont simplement de grands opportunistes. Ce serait sous-estimer les ambitions létales de ces entreprises. C’est bien connu, tout bon businessman se doit d’être un parfait stratège. La manigance est de mise, chaque plan est programmé sur le long terme. Ces plans comportent des stratagèmes jouant sur les dimensions du visible et de l’invisible. La communication est une guerre permanente, ces énoncés sont tromperie, ces effets sont le brouillard pour ses frappes, pour les opérations qu’elle mène. La séquence du Covid a précipité le bon déroulement de l’un des plans chers aux GAFAM, passer d’une étape à une autre.

L’autodéfense sanitaire, une biopolitique mineure

Errance d’un fiasco, itinérance d’une inconsistance. Constat sur l’autodéfense sanitaire. Passe-temps abstrait pour métropolitains angoissés et impuissants devant l’évidence de la situation : leur mode de vie produit par le monde techno-militaro-industriel offre une vie fragile. L’épreuve de vivre une vie fragile, c’est subir l’inclinaison à l’ordre, être déterminé par ces ordonnances. Quand certains réclament : « Il faut défendre la fragilité ! », il faut comprendre « Il faut défendre la société » ! Pour justifier cette horreur terriblement réactionnaire, les gauchistes retournent à la bonne vieille méthode moraliste du sujet, instrumentalisant les pauvres, les « handicapés », ceux que la société reconnaît comme faibles et parasitaires, reprenant alors le récit des gouvernants.

Une interview d’Elio Vittorini

Nous avons déjà bavardé un long moment. L’entretien commence à prendre cette allure questions-réponses qui les interviewes. Et nous, questionneur, nous commençons à noter les réponses. Vittorini nous interrompt :

Je voudrais, au début de cette interview, faire cette réserve de principe : l’interview d’un écrivain est un non-sens. Il ne peut pas tout à fait, ensuite, reconnaître ce qu’il a pu dire comme l’expression de ce qu’il pense. Cela, en raison de la conception qu’il a de son métier. L’écrivain n’écrit pas pour faire beau. Il écrit pour faire vrai. Et ainsi la place des mots a pour lui une signification de vérité, non de beauté. La place des virgules a une signification de vérité, non pas seulement de beauté. L’expression orale n’est pas le mode d’expression que je me suis choisi. C’est comme une traduction dans une autre langue…