« Una voce » di Giorgio Agamben
Depuis 2022, nous traduisons ici le journal du philosophe Giorgio Agamben publié en italien sur le site de l’éditeur Quodlibet.
Pardonne-nous nos dettes
Par Giorgio Agamben
La prière par excellence — celle que Jésus lui-même nous a dictée (« priez ainsi ») — contient un passage que notre temps s’efforce à tout prix de contredire et qu’il sera donc bon de rappeler, précisément aujourd’hui que tout semble être réduite à une loi féroce à double face : crédit/débit. Dimitte nobis debita nostra… « Et remets-nous nos dettes, comme nous aussi nous avons remis à nos débiteurs ». L’original grec est encore plus péremptoire : aphes emin ta opheilemata emon, « lâchez prise, effacez-nous nos dettes ». Réfléchissant sur ces mots en 1941, au milieu de la guerre mondiale, un grand juriste italien, Francesco Carnelutti, a observé que, si c’est une vérité du monde physique que ce qui s’est passé ne peut être effacé, on ne peut pas en dire autant du monde moral, qui se définit précisément à travers la possibilité de remettre et de pardonner.
Les sept parties de la nuit
Par Giorgio Agamben
« Il y a sept parties de la nuit : vespro, crepusculo, conticinio, intempesto, gallicinio, mattutino et diluculo. »
Isidore, Étymologies.
La troisième guerre mondiale n’est pas encore terminée
Par Giorgio Agamben
« Nous vivons une crise historique. Je crois que nous ne sommes pas encore au fond, pas même au milieu de cette crise. De plus en plus j’y pense. Je suis convaincu que le scénario culturel, intellectuel et politique n’a pas encore exprimé tout son potentiel. Nous devons nous considérer à la fin de la troisième guerre mondiale ». La guerre dont parlait Dossetti dans cette interview de 1993 était plus dévastatrice ou tout aussi dévastatrice que les deux autres, car elle n’a été menée que par le mal au nom du mal, entre des puissances également maléfiques, quoiqu’apparemment avec moins d’effusion de sang. Mais cette guerre, de toute évidence, n’est pas encore terminée, elle a pris d’autres formes et nous y sommes encore sans pouvoir en voir la fin.
Anges et démons
Par Giorgio Agamben
Les discours que l’on entend si souvent aujourd’hui sur la fin de l’histoire et le début d’une ère posthumaine et posthistorique oublient le simple fait que l’homme est toujours en train de devenir humain et donc aussi de cesser de l’être et, pour ainsi dire, mourir à l’humain. La revendication d’une animalité accomplie ou d’une humanité achevée de l’homme à la fin de l’histoire ne rend pas compte de cette incomplétude constitutive de l’être humain.
Discours à la conférence des étudiants vénitiens contre le pass vert, le 11 novembre 2021 à Ca’ Sagredo
Par Giorgio Agamben
Je voudrais reprendre, pour commencer, certains points que j’avais essayé de mettre au clair il y a quelques jours pour chercher à définir la transformation sous-jacente, mais pas pour autant moins radicale, qui est en train d’arriver sous nos yeux. Je crois que nous devons tout d’abord nous rendre compte que l’ordre juridique et politique dans lequel nous croyions alors vivre a complètement changé. L’opérateur de cette transformation a été, de toute évidence, cette zone d’indifférence entre le droit et la politique qu’est l’état d’urgence.
Discours au Sénat le 7 octobre 2021
Par Giorgio Agamben
Je me concentrerai uniquement sur deux points, que je voudrais porter à l’attention des parlementaires qui devront voter sur la conversion du décret en loi.
Une communauté dans la société
Par Giorgio Agamben
L’Italie, comme laboratoire politique de l’Occident dans lequel s’élaborent à l’avance dans leurs formes extrêmes les stratégies des pouvoirs dominants, est aujourd’hui un pays humainement et politiquement en ruine, dans lequel une tyrannie sans scrupules et prête à tout s’est alliée à une masse en proie à une terreur pseudoreligieuse, prête à sacrifier non seulement ce qui s’appelait en un temps les libertés constitutionnelles, mais même toute chaleur dans les relations humaines.
