Été 2023

Histoire de la vie (de la bombe atomique) : « Oppenheimer »

Un texte de Ricardo G. Viscardi
« Oppenheimer » donne non seulement son titre au film1, mais le patronyme désigne aussi la personne inhérente, comme condition de possibilité, à la fabrication de l’engin nucléaire (métonymie : un terme donne son sens à l’ensemble de l’expression). Mais une fois l’explosion nucléaire survenue, le même personnage devient partagé entre les alternatives politiques et les massacres humains qu’un certain « Oppenheimer » a été capable de déclencher, même doublement (scientifiquement et éthiquement).

Les alchimistes de la révolution : du Manifeste du parti communiste au Manifeste conspirationniste et inversement

Un texte de Hunter Bolin
Au printemps 1847, après de nombreuses pressions, Marx et Engels acceptent de rejoindre la Ligue des justes à une condition : que la Ligue exclue la pensée conspirationniste de son programme. Comme le dit Engels, « Moll a rapporté qu’ils étaient autant convaincus de la justesse générale de notre mode de pensée que de la nécessité de libérer la Ligue des vieilles traditions et formes conspiratrices »1. Marx, journaliste à l’époque, considère que son rôle social est d’éclairer son public et d’éliminer toute forme de conspiration ouvrière, à laquelle il n’a jamais pris part lui-même.

Bifurcation dans la civilisation du capital II.

Un texte de Mohand
Si le « point de vue de la révolution » a cru pouvoir déceler une possibilité subversive dans la reformulation écologique des problèmes produits par la communauté du capital, c’est parce que l’écologie politique revendiquait illusoirement partir depuis un ailleurs de l’économie. Cette illusion n’est pourtant pas dénuée d’effectivité. C’est pourquoi une partie de ceux qui tentent de maintenir une réalité à l’idée de révolution y succombe.

Poème depuis la cage

Un texte de Justin Delareux
Été 2018, extrait, je retenais sur un carnet de route les matériaux qui allaient donner, quelques semaines plus tard, Poème depuis la plage. Il s’agissait de fixer un élan, fugace, joies diluées d’amour, d’énergie et de liberté, peut-être, quelques vues, situées, mêlées à ce qui était en train d’être vécu. Une étrange rencontre entre un présent saisi et un futur incanté, comme pour qu’il se réalise, affranchie des lourdeurs langagières, vers une simplicité choisie, la plus directe possible. Trois mois passèrent pour que le fond de l’air se révèle. D’autres textes liés suivirent, lentement ; Poème depuis trop tard (janvier 2019), Quitter le navire ne suffira pas (mars 2020), Forme juste sans moyens (novembre 2020). Il se trouve que je retrouve, géographiquement et sensiblement, cinq années plus tard, le point de départ, l’élan et le retour. Je vous transmets donc ce bref poème depuis la cage.

Le Manifeste conspirationniste ou l’insoutenable miroir de notre défaite

Un texte de Pascal Mathis
Cet engagement téméraire, d’autres devaient le tenir, courant janvier 2022, en publiant le Manifeste conspirationniste. Ce livre vaut mieux que le silence gêné que beaucoup lui opposent depuis plus de trois ans, car tout indique sa profonde sincérité. Il est des deuils si douloureux, souvent ceux d’un enfant, qu’ils conduisent les parents à des comportements ségrégés, à l’extérieur ils reçoivent naturellement les condoléances de leurs proches, ils vont se recueillir sur la tombe de celui qui jamais n’aurait dû les quitter, ils portent même des vêtements de deuil, mais une fois rentrés chez eux, ils entretiennent la chambre de leur enfant défunt comme s’il devait rentrer de l’école tout à l’heure, ils lui préparent même un bon goûter et le soir encore ils mettent son couvert. Ces parents endeuillés vivent ainsi, un temps durant, dans deux réalités ségrégées, l’une n’invalidant pas l’autre, la perte et le manque d’un côté, de l’autre la présence de l’être aimé. Il me semble que le Manifeste conspirationniste, tout animé d’un tel être au monde ségrégé, n’a pu être écrit que dans le terrible deuil qui nous frappe depuis trois ans, dans la douleur du manque de cette puissance minimale qui nous semblait acquise. Ceux qui ressentent une telle perte ont tout à gagner à poursuivre jusqu’à son terme la balade hallucinée que propose l’ouvrage.

Notes sur la vérité

Le moins que l’on puisse dire, c’est que nous avons de plus en plus de mal avec la vérité.
Confinés que nous sommes, dans nos vérités.
C’est bien que la vérité, aussi, est passée par le filtre du selfie.
Le moi, devient la maison du vrai.

Nul ne témoigne pour le témoin

Un texte de Parham Shahrjerdi

Abbas Derris, né en 1973 à Abadan en Iran, est un citoyen et ouvrier iranien. Il est l’un des manifestants au cours des révoltes populaires survenues en novembre 2019. Il a été témoin du massacre de Mahshahr où les gardiens de la Révolution ont eu recours aux armes de guerre et des mitrailleuses lourdes pour éliminer les protestants. Avec ses propres yeux, il a vu les meurtres commis par la République islamique d’Iran, et « seulement »pour cela, il a été condamné à mort. 

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