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Autour de la rue Saint-Benoît

Par Dionys Mascolo
Cet entretien avec Dionys Mascolo fut publié par le département de français et d’italien de l’université Northwestern en 1994. Dionys Mascolo y retrace son parcours personnel, de l’enfance pauvre sous l’Occupation à son entrée chez Gallimard et sa rencontre avec Marguerite Duras et Robert Antelme. Il y évoque l’engagement du groupe de la rue Saint-Benoît dans la Résistance et la situation politique française jusqu’à à Mai 68.

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Les bons et fidèles serviteurs du libéralisme

Par Adrian Vermeule
Traduire et publier Adrian Vermeule en langue française aujourd’hui n’est pas une façon de promouvoir sa « pensée », mais bien au contraire de permettre de saisir ce qui se déroule dans les réélaborations de la gouvernementalité mondiale. Dans le texte suivant, Adrian Vermeule questionne une nouvelle fois le libéralisme et quelle force politique est la plus à même de répondre aux problèmes qu’il se pose. 

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Universalisme et nationalisme. Thèse et hypothèse

Par Adrian Vermeule
l nous semble nécessaire de permettre la lecture des travaux d’Adrian Vermeule, professeur de droit constitutionnel à l’université d’Harvard et intellectuel organique de la droite nationaliste américaine, afin de comprendre les ramifications du pouvoir en cours. Traverser ses écrits nous permet de saisir que les questions théologiques demeurent au cœur des réflexions formant l’armature de l’exercice du pouvoir sur les êtres. Dans cet article Adrian Vermeule contribue au débat de la droite américaine entre universalisme et nationalisme par le biais de l’autorité politique mondiale, un certain Empire.

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C’est ici qu’est la peur, c’est ici qu’il faut sauter !

Par Jacques Camatte
Pour comprendre les dimensions de la crise dont tout le monde parle – fait dont l’advenue était jugée impossible il y a vingt ans, époque approximative où Bordiga la prévit – il faut considérer qu’elles furent les solutions apportées à celles de 1913-1945. D’un point de vue général, nous l’avons caractérisée comme l’ensemble des bouleversements économiques et sociaux nécessaires pour la réalisation de l’accession du capital à sa domination réelle sur la société. Depuis 1945, celle-ci s’est opérée dans les aires les plus développées du mode de production capitaliste (MPC). Synchroniquement, dans d’autres aires, la domination formelle du capital sur la société s’initiait.

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Amadeo Bordiga et notre temps

Par Loren Goldner
Trois intérêts motivent la publication de ce texte de Loren Goldner. En premier lieu, il a le mérite d’être une introduction à la pensée de Bordiga, introduction qui ne fait pas l’économie de resituer le premier leader du parti communiste italien dans les différentes luttes internes à la Troisième Internationale. Grâce à une telle introduction, on entrevoit la possibilité d’envisager un marxisme ni étatiste ni productiviste. En second lieu, c’est un texte dont la densité va au-delà de l’exégèse bordiguiste. Loren Goldner y développe une tentative de synthèse de l’histoire révolutionnaire du XXe siècle, qui à bien des égards, peut nourrir une réflexion sur la révolution et sa tradition. Enfin, Loren Goldner développe, à partir des écrits de Bordiga, une réflexion sur le capitalisme qui dénote de l’ensemble des textes marxistes à son égard. Avec Bordiga, ils décrivent l’origine du phénomène capital par une révolution agraire, révolution qui commencerait au XVIIe siècle et qui serait finalisée par les révolutions russe et chinoise.

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Techniques et nature de l’homme

Par Lewis Mumford
Selon la conception actuellement admise du rapport de l’homme à la technique, notre époque passe de l’état primitif de l’homme, marqué par l’invention d’outils et d’armes visant à maîtriser les forces de la nature, l’homme accède à une condition radicalement différente, où il aura non seulement conquis la nature, mais se sera aussi totalement détaché de son milieu naturel. Grâce à cette nouvelle mégatechnique, il créera une structure uniforme et omniprésente, conçue pour un fonctionnement automatique. Au lieu d’agir activement comme un animal utilisant des outils, il deviendra un animal passif au service de la machine, dont les fonctions propres, si ce processus se poursuit sans changement, seront soit automatisées, soit strictement limitées et contrôlées au profit d’organisations collectives dépersonnalisées.

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D’un instant à l’autre. L’instant noopolitique comme capture de l’instant messianique

Par Georges-Louis Gunther
Dans l’une de ses célèbres Thèses sur le concept d’histoire, Walter Benjamin évoque l’instant messianique, seconde quelconque, « porte étroite par laquelle pouvait passer le Messie » et oppose deux temps : temps du judaïsme et temps du progrès, « homogène et vide » qui, parce qu’il est transparent, interdit toute effraction, tout surgissement, tout événement. Je voudrais tenter ici, en empruntant un concept proposé récemment, de montrer que notre époque se caractérise par l’inattendu mariage entre instant messianique et temps homogène et vide.

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La baguette magique trempée : sur « Jean Paul » de Max Kommerell

Par Walter Benjamin
Lorsque Stefan George compila, à partir de la tradition poétique allemande, une anthologie de référence en trois volumes, il consacra l’un d’eux exclusivement à Jean Paul. Il fallut des décennies de patience pour que les lecteurs allemands acquièrent la légitimité inhérente à l’image de Jean Paul qui justifia ce choix. Des figures moins emblématiques de l’identité allemande que Jean Paul ont depuis longtemps été immortalisées dans la série d’œuvres, maintes fois contestée, constituée par les disciples de George. Max Kommerell n’y figure qu’indirectement. Son maître, au sens strict, est Friedrich Wolters. Et une certaine distance vis-à-vis du fondateur du cercle était peut-être indispensable à une juste représentation de Jean Paul. En réalité, Jean Paul se révèle plus rebutant que d’autres figures du canon de concepts et d’images sur lequel les disciples s’appuyaient (parfois avec une habileté excessive).

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Le héros et le magicien : le Jean Paul de Walter Benjamin

Par Hunter Bolin
En 1934, sous le pseudonyme de K. A. Stempflinger, Walter Benjamin publia dans la Frankfurter Zeitung sa seconde et dernière critique de l’œuvre du critique littéraire Max Kommerell. La première critique, intitulée Contre un chef-d’œuvre (Wider ein Meisterwerk), avait été écrite en 1930 à propos de l’ouvrage de Kommerell paru en 1928, Der Dichter als Führer in der deutschen Klassik (Le poète comme guide du classicisme allemand). La seconde, Der eingetunkte Zauberstab (La baguette magique trempée), portait sur le livre de Kommerell consacré au poète allemand Jean Paul, publié en 1933, année fatidique. Si Benjamin loue beaucoup de choses dans l’œuvre de Kommerell, il en conteste également beaucoup, confirmant ainsi son affirmation selon laquelle « toute critique doit comporter un élément martial ».

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Croire et ne pas croire

Par Giorgio Agamben
En 1973, en écrivant La convivialité, Illich prédisait que la catastrophe du système industriel deviendrait une crise qui inaugurerait une nouvelle ère. « La paralysie synergique du système qui l’a alimenté provoquera l’effondrement général du mode de production industrielle… En très peu de temps, la population perdra confiance non seulement dans les institutions dominantes, mais aussi dans celles spécifiquement chargées de gérer la crise. Le pouvoir, propre aux institutions actuelles, de définir des valeurs (telles que l’éducation, la vitesse de déplacement, la santé, le bien-être, l’information, etc.) se dissoudra soudainement lorsque son caractère illusoire deviendra évident. Un événement imprévisible et peut-être insignifiant, comme la panique de Wall Street qui a conduit à la Grande Dépression sera un détonateur de la crise… Du jour au lendemain, d’importantes institutions perdront toute respectabilité, toute légitimité, ainsi que la réputation de servir le bien public ».

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La guerre est la paix

Par Giorgio Agamben
Parmi les horreurs de la guerre qui sont souvent oubliées, il y a sa survie en temps de paix grâce à ses transformations industrielles. On sait – mais on l’oublie – que les barbelés de fer avec lesquels beaucoup clôturent encore leurs champs et leurs propriétés proviennent des tranchées de la Première Guerre mondiale et sont tachés du sang d’innombrables soldats morts ; on sait – mais on l’oublie – que les canots qui affluent nos plages ont été inventés pour le débarquement des troupes en Normandie pendant la Seconde Guerre mondiale

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Le temps de la lutte

Par Andrea Cavalletti
Cet article cherche à mettre en lumière certaines implications philosophiques du concept de révolution de Gustav Landauer. Ce concept est comparé d’une part à l’idéal éthique de « tâche infinie » de Hermann Cohen et, d’autre part, à deux brèves esquisses critiques dans lesquelles Walter Benjamin critique l’approche de l’école de Marbourg. Les idées de Landauer sur la « lutte » et le « temps » sont également comparées au concept de « cas grave (Erstfall) » de Carl Schmitt et, enfin, au paradigme du combat parfait ou « Macheus » théorisé par Emanuel Lasker (le grand joueur d’échecs qui était également philosophe).

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Poésie et réconciliation

Par Terrence L. Swedenborg
L’érection et l’approfondissement du vide participent d’un même mouvement. Nous nous trouvons contraints d’accepter cette confusion égotique et douteuse dans laquelle seuls comptent le surgissement d’une personnalité, d’un moi (il faudrait le croire indispensable révélateur de l’émotion artistique ou poétique) et l’obsession écœurante à sans cesse vouloir prendre position, qu’elle soit militante ou réactionnaire. Impuissante à entamer la trame de l’existant, à nous faire voir combien le mensonge règne sur cette terre, impuissante même à nous faire simplement voir quelque chose, il nous faut dès le départ faire ce constat : la poésie contemporaine dans son immense majorité, n’est digne d’aucun intérêt.

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Anastasis – chant pour une insurrection enfantine

Par Nicolas
Il suffit parfois d’un souffle pour que la trame néfaste de ce monde se fissure. Fêlure intime, recul minime, infime déplacement – et la conscience bascule dans une zone infinie. Effondrement silencieux, les surfaces se dérobent. Une porte sans chambranle s’ouvre au milieu de l’existence. On franchit le seuil – la nuit ou en plein jour –, et rien ne semble changé. Pourtant tout se recompose, dans la profondeur. L’être reçoit une gravité nouvelle, comme si une dimension enfouie reprenait ses droits. Je me suis dit alors : Tu t’es toujours trompé.

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Sur le scientisme et la révolution

Par René Daumal
Aux temps où les anges et les sphinx apparaissaient aux hommes, aux temps de Jacob et d’Œdipe, en face d’une idée chacun tremblait pour sa peau. Ces temps reviendront, ils reviennent et déjà l’intelligence ne peut plus guère vivoter dans ses retraites philosophiques. Le combat s’engage, sur tous les plans, dans la société et dans quelques individus, entre les producteurs et les parasites ; un signe en est que les plus vieux problèmes de l’esprit, et qui semblaient les plus abstraits, se colorent aujourd’hui de revendications vitales et d’intentions politiques.

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Tu t’es toujours trompé

Par René Daumal
La publication de Tu t’es toujours trompé n’est pas cette mise en spectacle – tant redoutée par Daumal – de son apprentissage. Ce texte est un talisman, comme l’ont été les œuvres de Rimbaud pour les membres du Grand Jeu – revue fondée par René Daumal, Roger Vailland et Roger Gilbert-Lecomte aux alentours de 1926. Un talisman, parce que sa lecture nous « a rendu d’un seul coup des forces incalculables à [notre] vie inquiète ». Tu t’es toujours trompé est la manifestation d’une déchirure dans la fausseté de notre quotidien et une ouverture vers une possible vérité. Découvrez ici les bonnes feuilles à l’occasion de la nouvelle parution du livre.

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La destination d’une sentence

Édito
Toute « génération » qui ne souhaite ne pas échouer de la même manière que la précédente tient dans sa main une exigence d’entendre la sentence qui se loge dans chaque expérience vécue. Répéter les erreurs passées n’a jamais mené quiconque à un accroissement de puissance. Le temps n’est pas contre nous, mais son urgence l’est. Au détour de nos habitudes d’accueillir des pensées, il semble qu’accueillir par exemple la sagesse des sages de la Michna, ouvrir d’autres plans pour ce mouvoir. La traduction d’Éric Smilevitch du Pirkei Avot, dans le chapitre 4, Michna 5, dit ceci : « Ne fais pas de la Torah une couronne pour t’ennoblir ni une pioche pour creuser », entendre pour celles et ceux soucieux de la révolution, « ne fais pas de la Révolution le fétiche qui justifie les horreurs commises et les futures à commettre ». Car la révolution a bon dos pour les saloperies. Les circonstances actuelles rappellent le continuum de tels actes.

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Sur l’intelligence artificielle et la stupidité naturelle

par Giorgio Agamben
« C’est une époque de barbarie qui commence et les sciences seront à son service ». L’ère de la barbarie n’est pas encore terminée et le diagnostic de Nietzsche est aujourd’hui rapidement confirmé. Les sciences sont si attentives à satisfaire et même à prémunir tous les besoins de l’époque, que lorsqu’elle a décidé qu’elle n’avait ni envie ni capacité à penser, elle lui a immédiatement fourni un dispositif baptisé « Intelligence artificielle » (pour faire court, avec l’acronyme IA). Le nom n’est pas transparent, car le problème de l’IA n’est pas d’être artificielle (la pensée, en tant qu’inséparable du langage, implique toujours un art ou une partie d’artifice), mais de se situer en dehors de l’esprit du sujet qui pense ou devrait penser.

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Les derniers jours de l’humanité

par Giorgio Agamben
À partir d’octobre 1915, après la nouvelle du déclenchement de la Grande Guerre, Karl Kraus commença à écrire « pour un théâtre sur Mars » le drame Les derniers jours de l’humanité, qu’il ne voulait pas mettre en scène, car « les amateurs de théâtre de ce monde ne se retenaient pas au spectacle ». Le drame – ou plutôt, comme on le lit dans le sous-titre, « la tragédie en cinq actes » – était « le sang de leur sang et la substance de la substance de ces années irréelles, inconcevables, inaccessibles par tout intellect vigilant, inaccessibles à tout souvenir et conservés uniquement dans un rêve sanglant, de ces années où les personnages d’opérette récitaient la tragédie de l’humanité ».

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Pistes pour le croire III

par Haji
L’étymologie qui fait découler le sens d’économie de celui d’oikonomia entendue exclusivement comme dispositio, comme « gouvernement », recouvre d’un voile savant cette autre acception d’apparence plus naïve : l’économie comme épargne nécessaire à la chrématistique. 
La chrématistique, c’est l’argent qui fait des petits ; une version maligne de l’Économie dont Aristote prévenait déjà des dangers, sans pour autant lui conférer une place centrale dans la logique d’échange, puisque selon lui celle-ci dérive encore d’une nécessité naturelle d’échanger pour satisfaire ses besoins.

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Sur le capital humain et l’engagement eugénique

par Will
L’eugénisme n’est pas de retour. Il n’est pas de retour parce qu’il n’a jamais disparu. Il faut se méfier des récits de résurgence, qu’ils évoquent le despotisme des dirigeants mondiaux (de plus en plus pathologisés) ou les politiques réactionnaires populaires. Ces témoignages commettent la même erreur que certains théoriciens de l’eugénisme et du fascisme. Ils présupposent que ces évolutions constituent des ruptures totales avec les rationalités gouvernementales qui les ont accompagnées. Notre époque est celle d’une gestion raffinée de la vie. Nous sommes de plus en plus gouvernés par une rationalité qui cherche à capturer et à rendre intelligents simultanément les plus infimes variations de comportement et les données démographiques les plus générales possibles.

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Sortir du train fantôme

par Ef.red
Le capital ne laisserait plus rien en dehors de sa circulation. L’anthropomorphe capitaliste ne saisirait plus rien en dehors de la marchandise, y compris lui-même. Tout serait valorisable, jusqu’à la terreur de voir la fin finir dans l’anéantissement de l’espèce. En témoignent les nombreuses marchandises simulant cette peur totale. L’anthropomorphe en pleine mutation, rivé à ses appendices techniques, fait scroller devant lui toutes les représentations qui pourrait enfin la rendre objectivable, cette peur. Seulement, les simulacres marchands dans toutes leurs variétés et leur sophistication technique la laissent inapaisée. Ce fond de terreur, devenu une matière première affective de premier ordre, ne se laisse pas entièrement subsumer dans ses représentations marchandes et politiques. Il éclate en autant de petites et grandes peurs dans le commerce insensé des simulacres technocapitalistes. 

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Où sommes-nous ?

par Giorgio Agamben
En enfer. Toute discussion qui ne part pas de cette prise de conscience est tout simplement sans fondement. Les cercles dans lesquels nous nous trouvons ne sont pas disposés verticalement, mais dispersés à travers le monde. Partout où les hommes se rassemblent, ils produisent l’enfer. Les cercles et les fossés sont partout autour de nous, et nous reconnaissons, comme dans les caprices de Goya, les monstres et les diables qui les gouvernent.

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Sur les faux rapports

par Giorgio Agamben
Une bonne définition du pouvoir politique est qu’il est l’art de placer les gens dans de fausses relations. C’est là, et rien d’autre, ce que fait avant tout le pouvoir, afin de les gouverner à sa guise. Une fois entraînées dans des relations obliques dans lesquelles elles ne peuvent se reconnaître, les personnes sont en effet facilement manipulées et orientées à leur guise. Si elles croient si facilement aux mensonges qui leur sont proposés, c’est que les relations dans lesquelles, sans s’en rendre compte, elles se trouvent déjà sont fausses.

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Le non-dualisme de Spinoza ou la dynamite philosophique

par René Daumal
Comme le monde, l’Éthique apparaît à chacun selon son degré d’être, diversement. Chaque fois que j’ai pénétré dans cet édifice, le plan m’en paraissait plus vaste, la couleur nouvelle, le sens plus unique et plus profond. J’ai déjà, par impuissance de tout dire à la fois, émis deux absurdités « degré d’être » et « plus unique ». C’est assez dire que je ne tiens pas l’idée que j’ai de Spinoza, ni de rien, pour définitive. Elle est à ma propre mesure. L’Être et l’Unique, sans degrés, sans plus ni moins, sans seconds, telle est la cime et le sens suprême de cet escalier éblouissant, l’Éthique, les degrés sont vers mais non dans l’Être et l’Unique. Le point de départ est ici où nous sommes, dans l’erreur humaine. Le point de départ est dans la haine, l’ignorance, la souffrance. Le point de départ est le nombre deux. L’Éthique raconte le douloureux chemin depuis la dualité jusqu’à la Joie, la Connaissance et l’Amour de l’Unité.

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Errance dans les carnets de Dionys Mascolo

par Louis René
Le lieu d’où Mascolo parle, j’y suis tombé, et je n’en suis jamais revenu. Ce qui se dessine dans les aphorismes, les pensées, les perceptions et les expériences vécues de Mascolo, est un véritable art de vivre. Une sensibilité irréductible qui exprime une voie de sortie du nihilisme, pour autant qu’on soit pourvu d’une faculté de partir de sa propre blessure, donnant lieu à une écoute des résonances de sa propre profondeur. Dionys Mascolo n’a jamais voulu être quelqu’un, dans une société où la reconnaissance est toujours mal placée, située au niveau de l’ego. Cette quête de reconnaissance mène nécessairement à une destruction de soi et des autres, toute relation devient un rapport. Ce qui s’exprime dans tout rapport est l’expérience de la réduction de soi et de l’autre en chose.

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Fragment d’utopie

par Dionys Mascolo
Écrit en 1962, ce texte de Dionys Mascolo se destinait à une Revue internationale qui ne vit malheureusement pas le jour, ce qui n’empêcha pas le numéro zéro d’être publié en langue italienne par Elio Vittorini comme numéro spécial de sa revue Il Menabó en mars 1964. Ce n’est qu’en octobre 1967 que « Fragment d’utopie » se laissa lire en français, dans le deuxième numéro de la revue surréaliste L’Archibras.
Mascolo y décrit l’abolition des rapports sociaux à l’occasion d’une matinée récréative dans la salle des fêtes de l’hôpital psychiatrique de Neauphles-le-Château. Cette indistinction entre dedans et dehors, fous, soignants et visiteurs, enfermement et société, provoquée par cette négation de tout jeu social, lui ouvrit l’expérience de ce qu’il nommera un « communisme métaphysique ». 

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Fragments d’âme

par Justin Delareux
Ce que j’ai pu comprendre de Dionys Mascolo, et depuis ces lectures, donc depuis ses textes, c’est la proposition mise en partage d’un communisme sensible, inouï. Je peux dire sans trop de honte que j’y ai trouvé une camaraderie rare, une complicité distanciée par le livre, suggérant quelque chose de proche, faisant écho ou appel. Ce quelque chose m’est encore assez difficile à nommer, c’est un quelque chose qui se passe de citation, puisqu’il ne se réfère pas à ce qui est écrit, mais bien à ce que l’écrit dit en dehors de sa propre matérialité, c’est à dire en dehors du matériellement lisible. Et cet en dehors du lisible, j’ai su le reconnaître là où un communisme véritable prenait vie, il ne s’agit pas d’une impression, mais bien d’une expérience depuis l’impermanence.

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Voir par-delà nos yeux

Édito
On aurait pu penser que les bulles spéculatives étaient réservées au domaine de l’économie. Aujourd’hui, nous avons eu l’occasion de vivre le premier mouvement social spéculatif. Les médias, dans leur grande bonté, ont généreusement contribué à alimenter pendant des semaines la spéculation autour de la journée du 10 septembre. Article après article, mot après mot, le vide se vendait en événement. À l’origine de cette date, un appel sous forme de vidéo TikTok dans laquelle une mère appelle à se confiner contre le gouvernement et à refuser de consommer le 10 septembre. La vidéo en question trouve un certain écho sur les réseaux sociaux. Un site éphémère nommé « Bloquons tout » reprend à son compte l’initiative. Pour couronner le tout, un piètre militant écolo reprend l’appel sous le slogan : « Indignez-vous ! ». Les charos de la gauche en manque de poubelles s’empressent de se jeter sur ce qu’ils voient comme le nouveau mouvement des Gilets jaunes.

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La malédiction du TINA

par Adam Curtis
L’idée directrice au cœur du système politique actuel est celle de la liberté de choix. La conviction selon laquelle, si l’on applique les principes du marché libre à divers domaines de la société, les individus seront libérés de la main morte de l’État. Les besoins et désirs des individus deviennent alors le moteur principal de la société. Mais cela a conduit à un paradoxe des plus étranges. En politique aujourd’hui, nous n’avons plus aucun choix. Très simplement, There Is No Alternative (Il n’y a pas d’alternative).
Cela ne posait pas de problème tant que le système fonctionnait convenablement. Mais depuis 2008, une crise économique continue s’est installée, et le système semble de plus en plus incapable de se réformer par lui-même. On pourrait s’attendre, face à une telle crise, à l’émergence de nouvelles idées, de solutions alternatives. Or cela ne s’est pas produit.

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Connais-toi toi-même

par Emanuele Dattilo
Nietzsche disait que la maxime delphique « Connais-toi toi-même » était une phrase ironique. Peut-on vraiment se connaître soi-même ? Peut-on prescrire à une telle connaissance ? Et surtout : est-il souhaitable de se connaître soi-même ?

La connaissance de soi présuppose, comme l’ironie, une certaine duplicité : il y a le moi que je connais et le moi-même que je voudrai connaître. Exactement comme dans une phrase ironique ou auto-ironique : moi je ne suis pas le moi dont je parle et je me réjouis ainsi de montrer qu’il y a une certaine distance entre moi et ce que je dis. Mais la connaissance de soi présuppose aussi, presque toujours, une certaine méconnaissance de soi : si je désire me connaître, c’est parce que moi je suis, pour moi-même, la chose plus opaque, la plus mystérieuse et la plus obscure. Peut-être est-ce l’impératif même de me connaître moi-même qui me sépare de moi, qui me divise et me confond ?

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Pistes pour le croire II

par Haji
Tenir pour évident que le croire émane spontanément du cœur, comme une exigence éthique vibrant dans le plus grand comme dans le plus petit, depuis la totalité du cosmos. Bien au-delà de sa peine intime, les larmes de Chateaubriand puisent à la source d’une tristesse qui le dépasse, et qui est comme un océan de chagrin cosmique.
Depuis le cœur donc, « croire au corps » ; en tout cas si l’on souscrit à la proposition de Deleuze qui précise : « et pour cela s’adresser au corps avant les mots, avant que les choses soient nommées ». Se défier alors des mots et d’une forme de langage qui les porte ; se défier du signe-absence qui se répand partout comme une ombre sur le monde. En ce sens le nihilisme pourrait s’entendre comme la domination de l’absence sur la présence – le rien qui recouvre tout.

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Le Moyen Âge imminent

par Giorgio Agamben
Un passage du livre de Sergio Bettini, L’arte alla fine del mondo antico, décrit un monde qu’il est difficile de ne pas reconnaître comme semblable à celui que nous vivons actuellement. « Les fonctions politiques sont assumées par une bureaucratie d’État ; celle-ci se renforce et s’isole (préfigurant les cours byzantines et médiévales), tandis que les masses deviennent abstentionnistes (germe de l’anonymat populaire du Moyen Âge) ; toutefois, au sein de l’État, de nouveaux noyaux sociaux se forment autour des différentes formes d’activités (germe des corporations médiévales), et les grands domaines fonciers, devenus autarciques, annoncent l’organisation de certains grands monastères et de l’État féodal lui-même. »

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Des parcs sans fin. Notes sur une victoire

par Nigredo
Un témoignage de première main qui nous est parvenu quelques mois après la fin de la bataille pour le parc Don Bosco à Bologne.

Au parc Don Bosco, nous avons obtenu une victoire. Disons-le d’emblée, pour ne pas jouer le rôle des éternels insatisfaits ou, pire, celui de ceux qui doivent se positionner en perdants pour se sentir légitimes à faire entendre leur point de vue. Disons-le également pour désamorcer la rhétorique de la « concession » accordée par la municipalité : tant que l’on n’aura pas destitué l’administration de tout pouvoir, tout progrès apparaîtra comme une concession – du moins dans le discours du gouvernement municipal.

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Épilogue. Sur le mouvement réel qui destitue l’état de choses existant

par Alan Cruz
Désormais disponible en espagnol, Il n’y a pas de révolution malheureuse. Le communisme de la destitution offre aux lectrices et lecteurs, anciens et nouveaux, l’une des expositions les plus percutantes de cette chance révolutionnaire que nous connaissons sous le nom de puissance destituante. Huit ans après sa publication originale, il s’est consolidé comme l’un des principaux condensateurs discursifs contribuant à franchir le seuil de notre époque, manifestant la vérité non comme justification de ce monde, mais comme une force qui lui est hostile : « Le monde existant tout entier n’est-il pas privé de vérité ? Le monde tel qu’il existe n’est pas vrai » (Bloch).

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Notes préliminaires sur la révolution

par Nigredo
Dans le texte qui suit, je tenterai d’esquisser quelques lignes de recherche et de développer quelques idées encore embryonnaires sur le thème de la révolution. Celles-ci sont principalement liées à une question : l’idée de « révolution » est-elle entièrement l’enfant de la civilisation capitaliste dans sa grammaire historique, son horizon et son régime de temporalité, ou est-il possible de repenser ce concept ? Est-il possible de penser la révolution en dehors de ce qui l’a caractérisée comme un principe hégémonique moderne et donc – pour reprendre les termes de Jacques Camatte – comme une force qui s’intègre à la dynamique historique du capital comme totalité, comme un « universel » qui ne laisse plus rien (communauté, aire géographique, sphère de la vie sociale) en dehors de lui ?

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Se venger

par Jana
Lors des insurrections récentes en France, depuis les Gilets jaunes en 2018 et 2019, jusqu’aux émeutes pour Nahel de l’été 2023, un élément commun a été sciemment oublié par la gauche, y compris jusque dans les rangs des plus radicaux : l’acte de vengeance. Nous pouvons pourtant nous remémorer les différents « actes » des Gilets jaunes. Nous avons vu le Fouquet’s, le restaurant de luxe des Champs-Élysées qu’affectionnent les présidents Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron, symbole du mépris et de l’humiliation infligés par les riches outrageusement riches, être brûlé le matin du 3 décembre 2018, au moment de la prise de l’Arc de Triomphe. Nous dirions : « Le fracas est l’applaudissement des choses ».

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La fin de l’Ukraine

par Giorgio Agamben
La guerre en Ukraine approche de sa conclusion qui, quelle que soit sa forme, ne pourra qu’aboutir à l’effondrement de l’« ex-République socialiste soviétique d’Ukraine » (avant laquelle un État ukrainien n’avait jamais existé – et il convient de rappeler que la Crimée, que Zelensky ne cesse de revendiquer, ne fut rattachée à la République soviétique d’Ukraine qu’en 1954 par Khrouchtchev, et qu’elle était, selon le recensement de cette année-là, peuplée à 72 % de Russes). Comme les dirigeants européens n’ont cessé de le répéter : nous serons aux côtés de l’Ukraine jusqu’à la fin. Mais cette fin ne pourra qu’impliquer également le destin de l’Europe.

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L’État et la guerre

par Giorgio Agamben
Ce que nous appelons l’État est, en dernière analyse, une machine destinée à faire la guerre, et tôt ou tard cette vocation constitutive finit par se manifester au-delà de tous les objectifs plus ou moins édifiants qu’il peut se donner pour justifier son existence. Cela est aujourd’hui particulièrement manifeste. Netanyahou, Zelensky, les gouvernements européens poursuivent à tout prix une politique de guerre dont on peut certes identifier les objectifs et les justifications, mais dont le ressort ultime est inconscient et réside dans la nature même de l’État en tant que machine de guerre.

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L’échiquier multipolaire. Sur l’économie politique de la guerre mondiale actuelle.

par des amis transalpins
Même si de nombreux contemporains veulent encore fermer les yeux sur cette nouvelle réalité, le monde avance chaque jour en rampant sur la voie d’une nouvelle guerre mondiale. Certains conservateurs, dont la profession consiste à préserver le statu quo et qui se vantent donc de réalisme, sont exceptionnellement un peu plus avancés. L’historien Niall Ferguson, par exemple, qui est marié à la convertie Ayaan Hirsi Ali et s’est fait un nom avec des livres révisionnistes sur les avantages de l’oppression coloniale de l’Empire britannique, conçoit le désordre mondial actuel comme une nouvelle guerre froide.

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Gaza et Auschwitz. Une perspective juive

par Menachem Teitelbaum
D’accord, très bien. Gaza est le nouvel Auschwitz, les Israéliens sont les nouveaux nazis, l’étoile de David équivaut à la swastika. Bien sûr, cela fait tellement longtemps qu’on l’entend, que cela ne choque plus personne, à part quelques bien-pensants sionistes, inquiets de l’éternel antisémitisme, toujours prêt à ressurgir. Pourtant. Je ne m’intéresse pas à savoir si ceux qui le disent sont antisémites ou non. Ni même à ce que cette identification Gaza-Auschwitz soit reconnue institutionnellement par Giorgia Meloni, Emmanuel Macron ou le Parlement européen, comme si ces lieux représentaient la conscience politique ultime, le lieu de la vérité. Est-il nécessaire de dire que ce n’est pas le cas ? Il me semble cependant que des mots comme nazisme, antisémitisme, Troisième Reich sont souvent vagues et imprécis. Et je voudrais aussi ajouter : juifs.

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Le renversement des évidences

Édito
Son petit capital politique, cette certitude fondamentale, ce réconfort sénile dans lequel chacun puise assez d’espoir pour persévérer sans réussite. Les scrupules s’évanouissent au gré des trahisons envers les évidences d’antan. Tel est le prix à payer pour consoler son désir d’être du bon côté. Dans cette accumulation d’erreurs s’attache une peur viscérale, celle que la politique devient le refuge d’un retour plus ou moins étonnant d’être de gauche. Heureusement que gît près de leurs pieds la dépouille de l’autonomie, il s’agit là de la garantie minimale de se couvrir de la perte effective de toute intelligence. Les remords se consolident dans un déni généralisé. Aucun pardon possible, comme le dit un ami : « seul Dieu pardonne ». Le cynisme devient la seule façon de sauver les apparences devant les malvoyants éthiques.

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L’inversion n’est pas une stratégie

Un échange entre Gerardo Muñoz et Jacques Camatte
Jacques Camatte a été une figure centrale des débats théoriques de la gauche communiste italienne dans les années 1960 et 1970, dans le sillage de l’épuisement de l’horizon révolutionnaire moderne. Sa pensée reste pertinente pour réfléchir à l’intersection des questions de l’extinction, de la dévastation de la nature et de la possibilité d’une « inversion » pour un nouveau « temps de vie ». À l’occasion de sa disparition le 19 avril 2025, nous republions un échange avec Gerardo Muñoz qui s’est déroulé il y a exactement cinq ans.

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Jacques Camatte (1935-2025)

Un texte de Mohand
La mort de Jacques Camatte ne laisse pas de vide, pas de manque à combler, car sa vie fut l’expression pleine d’une certitude. Tout du long de ses textes, il nous lègue la passion et l’intransigeance avec lesquelles celle-ci se manifeste. C’est une chose aujourd’hui trop rare et trop précieuse, singulière en quelque sorte, pour ne pas prendre le temps de cheminer encore avec.
Continuons de l’étudier, de penser avec lui.

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Pistes pour le croire I

Un article de Haji
Le nihilisme n’est rien. Rien qu’un vulgaire défaut de sens appuyé de toute sa lourdeur sur toute la douleur du monde. Un simple défaut, mais qui ne cesse cependant de se répandre. Il est une béance, un vide qui creuse fatalement tous ceux qui se croient exemptés de croire en autre chose qu’au dollar ; un mal qui abîme tous ceux qui prient encore pour que tout passe sans que rien n’arrive. Mais ce qui arrive arrive. Qu’on le veuille ou non. Qu’on le croit ou non. Ce qui arrive arrive et sans cesse continue d’arriver.

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L’ancien et le nouveau

Un texte de Giorgio Agamben
Pourquoi sommes-nous capables de décrire et d’analyser l’ancien qui se dissout et à l’inverse nous ne réussissons pas à imaginer le nouveau ? Peut-être parce que nous croyons, plus au moins inconsciemment, que le nouveau soit quelque chose qui vient – on ne sait d’où – après la fin de l’ancien. L’incapacité de penser le nouveau se trahit ainsi par l’usage imprudent du préfixe post : le nouveau est le post-moderne, le post-humain – dans tous les cas quelque chose qui vient après. C’est précisément le contraire qui est vrai.

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Seul un Dieu peut nous sauver

Un texte de Giorgio Agamben
L’affirmation soudaine de Heidegger dans l’interview au Spiegel de 1976 : « Seul un Dieu peut nous sauver » a toujours suscité de la perplexité. Pour la comprendre, il est avant tout nécessaire de la restituer dans son contexte. Heidegger venait de parler de la domination planétaire de la technique qui rien ne semble être en mesure de gouverner. La philosophie et les autres puissances spirituelles – la poésie, la religion, les arts, la politique – ont perdu la capacité de secouer, ou en tout cas, d’orienter la vie des peuples de l’Occident.

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Allégorie de la politique

Un texte de Giorgio Agamben
Nous sommes tous en enfer, mais certains semblent penser qu’il n’y a rien d’autre à faire ici que d’étudier et de décrire minutieusement les démons, leur apparence hideuse, leur comportement féroce, leurs intrigues perfides. Peut-être s’imaginent-ils ainsi qu’ils peuvent échapper à l’enfer et ne se rendent pas compte que ce qui les occupe entièrement n’est que le pire des châtiments que les démons ont imaginé pour les tourmenter. Comme le paysan de la parabole kafkaïenne, ils se contentent de compter les puces sur le revers du gardien. Il va sans dire que ceux qui, en enfer, passent leur temps à décrire les anges du ciel ne sont pas non plus en reste : il s’agit là d’une punition, moins cruelle en apparence, mais pas moins haïssable que l’autre. La vraie politique se situe entre ces deux châtiments.

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De la destruction des mondes

Un texte de Gerardo Muñoz
Que faut-il pour détruire un monde ? Il semblerait que la question elle-même soit trop métaphorique et impertinente ; peut-être aussi hyperbolique et présomptueuse par rapport à la fuite de l’infini incarnée par l’homme-monde. C’est pourtant la question que nous devrions nous poser si l’on en croit le livre court et très accessible de Mauricio Amar, El Paradigma Palestina : Sionismo, Colonización, Resistencias (DobleaEditores, 2024), écrit dans le sillage de la guerre d’anéantissement en cours à Gaza afin de mettre à nu l’abîme paradigmatique de la mort sociale dans lequel l’humanité se trouve au sommet de sa domination civilisationnelle.

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Une éclipse de l’invisibilité

Un texte de Luhuna Carvalho
La publication en 2024 de Os Invisíveis (Gli invisibili, 1987, traduit en français en 1992 sous le titre Les invisibles) de Nanni Balestrini par l’éditeur Barco Bêbado à Lisbonne suscite une série d’événements relative non pas à l’œuvre elle-même, mais au contexte de son édition. Nanni Balestrini (1935-2019) a été l’une des principales figures de la contre-culture italienne, reliant l’expérimentalisme des avant-gardes artistiques et littéraires du début du siècle aux expériences insurrectionnelles de l’après-guerre.

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La politique de la reconnaissance à l’ère des réseaux sociaux

Un texte de William Davies
Dans la décennie qui a suivi la chute du Mur de Berlin, les théoriciens critiques ont porté une attention renouvelée à ce que Charles Taylor a appelé de manière célèbre « la politique de la reconnaissance ». Ce dernier suggérait que la demande de reconnaissance soit en fait liée aux notions modernes d’identité – la compréhension qu’une personne a de ses caractéristiques fondamentales, de ce qu’elle est. Puisque notre identité est en partie façonnée par la reconnaissance des autres, les individus peuvent subir un préjudice réel si la société leur renvoie une image dévalorisante d’eux-mêmes.

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La catastrophe algorithmique, revanche de la contingence

Un texte de Yuk Hui
Toutes les catastrophes sont algorithmiques, même celles de la nature, dès lors que l’on considère que l’univers est gouverné par les lois régulières et automatiques du mouvement et de l’émergence. Une catastrophe prend alors la forme d’une perturbation accidentelle générée par les lois internes de l’univers. Nous pouvons comprendre le terme « accident » de deux façons différentes.

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Choses vues

Un texte de Julien Coupat et alii
L’art spectaculaire de la commémoration forme l’une des branches de cet innombrable art du refoulement par quoi cette société assure sa reproduction à l’identique. En quoi il fallait bien « dire quelque chose » en ce mois de mars 2025, cinq ans après le trauma expérimental du confinement de 2020. Il fallait « dire quelque chose », et même beaucoup piailler, afin que rien ne fût dit, rien de décisif en tout cas. Il faut bien avouer que, quoi qu’on en pense, l’horloge est restée bloquée, dans ce pays, en ce jour de mars 2020.

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L’affabulation de trop

Un texte de Julien Coupat
Que des écrivains ou des cinéastes en panne d’inspiration aillent prélever dans l’affaire dite « de Tarnac » la matière que l’imagination leur refuse, cela s’est vu maintes fois, et se reverra encore. Mais qu’une ambitieuse qui se décrit elle-même comme une « vendue » vienne de Los Angeles pour expliquer au Monde des livres que je l’aurais sollicitée comme « biographe officielle » et allègue une proximité inexistante pour ajouter un peu de crédit à sa prose superflue, voilà qui relève du plan com’ qui dérape.

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Retour sur la fin des temps : Cafards, incendies, monstres 

Un texte Iman Ganji
Ils nous ont gazés dans leurs rues, à leurs frontières, et nous avons survécu. Ils nous ont placés au bord de la ruine psychologique, dans les hachoirs à viande de leurs processus d’intégration et dans les camisoles de force qui servaient d’uniformes dans leurs universités, et pourtant nous avons survécu.
Oh, mes sœurs, mes frères, et tous les autres au-delà et entre les deux. Nous sommes les cafards de l’Europe. Nous survivons même aux bombes atomiques.
Quelque chose de terrible se profile à l’horizon, et nous y survivrons. Ils ont peur de nous, ils crient et grimpent sur leurs chaises, se retirant dans des positions de répression plus élevées.

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L’Algérie française ou le meurtre de la politique

Un texte de Sidi Mohammed Barkat
Ce qui se joue principalement en Algérie sous occupation française, c’est la question du rapport à la terre. Une telle affirmation est de l’ordre de l’évidence, pourrait-on rétorquer. Rien n’est moins sûr. Le rapport à la terre de l’État colonial et des populations en présence englobe des considérations qui sont loin d’être transparentes. La particularité de la colonisation de l’Algérie nous oblige à aller au-delà de la simple reproduction du visible et à tenter de rendre visible ce qui se dérobe alors même qu’il est devant nous.

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Considération sans histoire

Édito
Le nihilisme est là. Il exprime sa puissance dans la négation des sentiments pleins et entiers et dans leur abandon à la complicité du pouvoir. Le nihilisme ne produit que des victimes complices de cet état traumatique de la vie. Des victimes parfaites qu’il prend dans ses filets jusqu’à ce qu’elles sacralisent l’horreur du pouvoir. Comme l’écrivait Roger Caillois dans Le pouvoir charismatique, Adolf Hitler comme idole, « Tout pouvoir est une magie réelle, si l’on appelle magie la possibilité de produire des effets sans contact ni agent, en provoquant pour ainsi dire une parfaite et immédiate docilité des choses. Or les choses ne sont pas dociles, il faut des forces pour les mouvoir et, pour ces forces, des points d’application ». Ce monde civilisationnel se figure dans la réunion des victimes.

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Le premier pas

Un texte de Sidi Mohammed Barkat
Depuis des décennies, l’un après l’autre, les pays de la planète se convertissent au culte de la Gestion et à la religion du Management. Et l’on accorde à l’Entreprise – capitale initiale – une vénération semblable à l’hommage que l’on rend à une divinité. Cette Trinité (Entreprise-Gestion-Management) et les processions de discours qui l’accompagnent et que l’on délivre comme parole d’évangile tendent au-dessus de chaque pays leurs rets, suscitant la ferveur et l’adhésion. L’Imperium d’aujourd’hui n’est pas la domination traditionnelle du Capital, celle qui se conjugue avec la réalité des rapports de force et l’affirmation de la puissance du Travail. Le Capital triomphant s’impose en tant que pouvoir suprême et intangible.

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Monk

Un texte de Sidi Mohammed Barkat
Toujours, nous ne retrouvons le sens de la terre et n’accédons ainsi à la vie, dans tel ou tel domaine, qu’en faisant cause commune avec les autres et avec les choses. L’horizon est alors celui du rassemblement. Les humains se manifestent les uns aux autres et s’approchent du domaine particulier des choses, jusqu’à ne plus lui être étrangers. Une disponibilité nouvelle se développe, dans le même temps que se construit une proximité. Le rapprochement est une ouverture réciproque. Dès lors, le code n’a plus cours qui marque les divisions.

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état des lieux, soyons géniaux

Un texte d’une présence quelconque
Une présidente de région qui qualifie musk de génie ?
Pour elle, donc, un génie est une personne née millionnaire qui a pu rétribuer financièrement plus intelligents que lui pour mener à bien l’entreprise la plus nauséabonde qu’il soit. Cette personne politique de région que nous nommerons morançais et qui voit en le musk génie et innovation vient, par voie de presse, de s’autodétruire. Si ce n’est pas le cas, elle vient d’avouer publiquement sa bêtise abyssale, son manque d’intellect, vide de toutes sensibilités, puis, accessoirement, de prêter allégeance aux idées fondatrices de l’extrême droite, c’est-à-dire à l’innommable.

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Le bien et le mal

Un texte de Giorgio Agamben
L’ancienne doctrine selon laquelle le mal n’est que la privation du bien et n’existe donc pas en soi, doit être corrigée et complétée en ce sens qu’il n’est pas tant la privation que la perversion du bien (avec le codicille, formulé par Ivan Illich ,corruptio optimi pexima, « il n’y a rien de pire qu’un bien corrompu »). Le lien ontologique avec le bien demeure ainsi, mais la question reste de savoir comment et dans quel sens un bien peut se pervertir et se corrompre. Si le mal est un bien perverti, si nous reconnaissons encore en lui une figure corrompue et déformée du bien, comment pouvons-nous le combattre lorsque nous y sommes confrontés aujourd’hui dans tous les domaines de la vie humaine ? 

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Conjoncture et révolution

Un texte de Giorgio Agamben
Il ne faut pas se lasser de rappeler que l’un des termes clés de notre vocabulaire politique – la révolution – a été emprunté à l’astronomie, où il désigne le mouvement d’une planète sur son orbite. Mais un autre terme qui, dans la tendance générale à substituer les catégories économiques aux catégories politiques qui caractérise notre époque, a également pris la place de révolution, provient du lexique astronomique. Il s’agit du terme « conjoncture », sur lequel Davide Stimilli a attiré l’attention dans une étude exemplaire.

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La poésie du jeune Álvaro de Campos, l’émigré astral

Un texte d’Arménio de Souza
Álvaro de Campos, un jeune ingénieur maritime cloîtré là où les dieux errent la nuit, là où les Grecs furent pris de vertige, connu avant tout pour être ce que beaucoup de son peuple admirent, un poète. Il a écrit tout au long de sa vie une série de poèmes qui nous permet de suivre ses pensées, ses démarches, de hanter son existence qui n’est plus, mais qui demeure proche pour certains contemporains égarés. Dès ces premiers écrits, il y a l’importance primordiale apportée au geste du voyage. Il pensait rencontrer dans ce mouvement continu le charme exaltant d’une vie nouvelle.

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Métaphysique de la tragédie

Un texte de Georg Lukács
Le drame est un jeu, un jeu de l’homme et du destin, un jeu dont Dieu est le spectateur. Il n’est que spectateur, jamais sa parole ou ses gestes ne se mêlent aux paroles ou aux gestes des acteurs ; ses yeux seuls sont fixés sur eux. « Qui regarde Dieu en meurt », écrivait Ibsen ; mais peut-il vivre, celui sur lequel est tombé le regard de Dieu ?
Cette incompatibilité, les perspicaces amoureux de la vie l’éprouvent également, et ils adressent au drame de durs reproches. Leur tranchante opposition, bien plus que les paroles des pusillanimes défenseurs du drame, touche de façon plus fine, plus pertinente, à son essence. Leurs reproches consistent en ceci : selon eux, le drame constitue une falsification, une vue grossière de la réalité.

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La différence ontologique et la philosophie politique 

Un texte de Reiner Schürmann
Dans ce qui suit, je voudrais souligner certaines conséquences de la compréhension de la différence ontologique par Heidegger. En fin de compte, ces conséquences sont d’ordre pratique et politique. Le présent article se limitera à suggérer quel type de moyen terme, quel « chaînon manquant », peut être établi de manière cohérente entre le traitement de la question de l’Être par Heidegger et une philosophie politique.

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Se mouvoir sur un autre plan

Un texte de Costa Maledetto
La société est l’établissement du voisinage entre les indifférents. Un isolement s’instaure entre les âmes mutilées dans le vacarme des rapports sociaux. Un processus d’identification est en œuvre pour maintenir coûte que coûte cette maladie qu’est la société. L’hystérisation comme tactique contre-révolutionnaire s’impose pour la sauvegarder. Dès lors, la généralisation de cet état est permise par un certain nombre de dispositifs. Et le plus efficace dans ce domaine est le dispositif Woke/anti-Woke.

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Relation avec l’inconnu

Dialogue avec Emanuele Dattilo
En septembre 2023, paraissait aux Éditions Payot & Rivages La vie heureuse, traduction française du deuxième ouvrage d’Emanuele Dattilo La vita che vive. Ce livre dense et rigoureux propose une lecture puissante du conatus spinoziste comme dynamique vitale et inséparable de la dimension éthique de notre vie. Ni manuel de développement personnel ni manuel politique, cet ouvrage tente de tracer les lignes d’une éthique loin du moralisme ambiant. 

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Opacité

Édito
L’état général des sensibilités post-Covid semble opaque. Nous le savons, tous les rapports sociaux sont des rapports de pouvoir. Ce qui se socialise est alors traité en chose, par le jeu de la « nature » économique. Entre se subjectiviser où être objectifié en chose ou en quelque chose, la différence est mince. Le processus est pourtant le même : réduire en un stock de ressources valorisables sur le marché de la vie sociale. Il n’y a plus une minute à perdre, il faut valoriser toute relation, la simplifier en un rapport, car sous chaque rapport se trouve un stratagème, un moyen de plaire afin de baiser l’autre. La vie sociale est le règne de l’imposture, les faux-semblants, sa langue. À force de mensonge, on oublie que l’on ment.

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Biopolitique et racisme d’État

Un texte de Serene Richards
Si le rôle du pouvoir est essentiellement de prendre soin de la population, de « faire vivre », comment peut-il laisser mourir ? Pour Foucault, la réponse à cette question peut être trouvée dans la complicité naissante entre la biologie et l’État, l’insertion ou la capture du biologique dans le politique, de telle sorte que « l’homme moderne est un animal dont la politique remet en question son existence en tant qu’être vivant ». L’analyse de Foucault se développe en une enquête sur le « racisme d’État » ; bien que le racisme en tant que tel ait toujours existé, c’est la première fois que le racisme est « inscrit dans les mécanismes de l’État ». En d’autres termes, la biopolitique s’intéresse également à la relation entre la race humaine « ou les êtres humains dans la mesure où ils constituent une espèce, dans la mesure où ils sont des êtres vivants, et leur environnement, le milieu dans lequel ils vivent ».

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L’exilé et le citoyen

Un texte de Giorgio Agamben
Il est bon de réfléchir à un phénomène qui nous est à la fois familier et inconnu, mais qui, comme c’est souvent le cas, peut nous fournir des indications utiles pour notre vie parmi les autres hommes : l’exil. Les historiens du droit débattent encore pour savoir si l’exil – dans sa forme originelle, en Grèce et à Rome – doit être considéré comme l’exercice d’un droit ou comme une situation pénale. Dans la mesure où il se présente, dans le monde classique, comme la faculté accordée à un citoyen d’échapper à une peine (généralement la peine capitale) par la fuite, l’exil semble en réalité irréductible aux deux grandes catégories en lesquelles la sphère du droit peut être divisée du point de vue des situations subjectives : les droits et les peines.

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Personnes ayant perdu leur langue 

Un texte de Giorgio Agamben
Que sont devenus les peuples d’Europe aujourd’hui ? Ce que l’on ne peut manquer de voir aujourd’hui, c’est le spectacle de leur perte et de leur oubli de la langue dans laquelle ils se trouvaient autrefois. Les modalités de cette perte varient selon les peuples : les Anglo-Saxons sont déjà allés jusqu’à une langue purement instrumentale et objectivante – le basic English, dans lequel on ne peut échanger des messages que de plus en plus comme des algorithmes – et les Allemands semblent prendre le même chemin ; les Français, malgré leur culte de la langue nationale et peut-être même à cause d’elle, perdus dans le rapport quasi normatif entre le locuteur et la grammaire ; les Italiens, astucieusement installés dans le bilinguisme qui a fait leur richesse et qui se transforme partout en un jargon sans queue ni tête. Et, si les Juifs font ou du moins ont fait partie de la culture européenne, il est bon de rappeler les mots de Scholem face à la sécularisation par le sionisme d’une langue sacrée en langue nationale.

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Techne alupias : la douleur et l’âme

Un texte de Gerardo Muñoz
Bien que ses soi-disant conférences sur la suppression de la douleur aient été perdues, il existe suffisamment de preuves qui suggèrent qu’elles reposaient sur la notion archaïque de « persuasion » (Peitho), dont l’objet principal n’était, ni la psychologie humaine, ni le terrain somatique corporel, mais plutôt la psyché ou l’âme. C’est un art qui s’est perdu – si tant est qu’une telle « techne alupias » en tant que technique soit possible, étant donné son irréductibilité – et ce qui survit n’est qu’une lacune d’une ascèse philosophique que nous devrions recomposer non pas tant comme un problème conceptuel que comme un problème éthique. C’est une tâche qui semble aujourd’hui plus nécessaire que jamais si nous pouvons convenir que la tonalité fondamentale de l’existence sociale aujourd’hui est, précisément, la reproduction et l’endurance de la douleur, comme on l’a soutenu. 

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Les artifices du pouvoir colonial et la destruction de la vie

Un texte de Gérard Bras
Après avoir été longtemps occultée, la manifestation des Algériens de la Région parisienne protestant contre le couvre-feu pris à l’encontre des « Français musulmans d’Algérie », est maintenant largement documentée. La répression policière à laquelle elle a donné lieu est passablement connue du grand public, reconnue et condamnée par la souveraineté nationale. En imputant la responsabilité de la répression et de son déni par la Préfecture de Police au préfet Maurice Papon, le texte de cette motion escamote pourtant une question ou, plutôt, suggère une réponse interdisant de poser la question : comment la violence d’une telle répression a-t-elle été possible ?

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De la rencontre et de l’expérience

Un texte de Justin Delareux
Il ne s’agira pas ici de l’examen critique d’un ouvrage. Plutôt d’un bref témoignage subjectif suivi de quelques fragments du livre de Giorgio Agamben, Ce que j’ai vu, entendu, appris…, initialement paru en Italie il y a deux ans, et publié aujourd’hui en France par les éditions Nous, dans une traduction de Martin Rueff. Je tenais vivement à faire échos de la publication de ce texte, peut-être parce que j’aurais vivement aimé le publier, sûrement parce que je ne suis pas philosophe, mais de ce que l’on nomme encore artiste et/ou poète, que les livres de Giorgio Agamben ont accompagné, et continuent d’accompagner, ce que l’on pourrait appeler une expérience de la pensée indéniablement liée à celle d’une vie.

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Journal d’une jeune magicienne

Un texte de C. Frézel
J’avais mal à la narine droite. Les deux meuj qu’on venait de s’enfiler à trois avaient laissé leur trace. Et puis ce froid aux pieds persistant. Sans oublier cette peur de déranger. Ce désir ou ce besoin de solitude. Et en même temps cette peur de l’abandon. Il fallait que j’apprenne à l’apprivoiser cette ambivalence. Il fallait que je prenne soin de moi mais cette injonction m’apparaissait comme toutes les autres injonctions, c’est-à-dire comme un repoussoir. Décidément j’avais du mal. Du mal à faire des choix. À me discipliner. En fait ce qui me dérangeait c’était de faire comme les autres. Car je voyais les normes d’existence. Où que je passais je voyais ces règles de milieux et leurs cortèges d’ordres invisibles.

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Heidegger et l’autonomie du négatif

Un texte de Nicola Massimo De Feo
Heidegger et l’autonomie du négatif est le texte que De Feo a publié dans « Aquinas » en 1979 et qu’il a repris, modifié, dans le volume L’Autonomia del negativo (1992) sous le titre Marx, Heidegger e l’autonomia del negativo. On peut peut-être le considérer comme le troisième moment d’une confrontation avec Heidegger qui avait déjà commencé à la fin des années 1950 et au début des années 1960. Dans une conjoncture historico-intellectuelle dominée par les courants existentialistes et phénoménologiques, De Feo, alors âgé de vingt ans, traverse l’œuvre de Heidegger de l’intérieur, comme peu d’intellectuels l’ont fait à cette époque.

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Brèves notes sur le militantisme, la politique et la désertion

Un texte de Nigredo
Rien n’est plus courant dans les milieux militants que la critique du militantisme et les réflexions sur la « crise du militantisme ». On pourrait presque dire que l’aveu sévère ou inconsolable de la nécessité de dépasser l’identité du militant représente, pour le militant lui-même, un hommage obligé à l’esprit du temps. Comme dans tous les autres domaines, l’alternative entre la dépendance dialectique du critique à l’égard de son objet et l’altérité positive de la séparation est nette et claire. Déserter le champ de visibilité de l’autovalorisation politique, c’est changer de plan, être ailleurs, parler un autre langage à d’autres interlocuteurs. De la conscience radicale du supplément, donc, à l’invention de nouvelles formes.

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Est-ce la fin de la politique ?

Un texte de Mohand
Mon intervention part de la question « est-ce la fin de la politique ? ». Je crois qu’une telle question traduit une inquiétude qui s’impose à tous ceux et celles qui évoluent dans un milieu qui se réclame d’une tradition dite révolutionnaire ou radicale. Cette inquiétude est indubitablement liée à l’impossibilité de ne pas reconnaître qu’une totalisation du monde a bel et bien eu lieu par le capital, que celle-ci se poursuit et que ses dernières mutations ont produit une « crise de l’objectivité » à laquelle personne ne semble échapper.

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Pour une pensée planétaire

Un texte de Yuk Hui
Si la fin de la philosophie a été provoquée par la planétarisation technologique (comme l’a proclamé Heidegger en son temps), ou plus récemment par un tournant historique induit par l’informatisation planétaire (comme l’ont proclamé de nombreux auteurs enthousiastes à notre époque), la tâche nous revient de réfléchir à sa nature et à son futur, ou, selon les propres termes de Heidegger, à « l’autre commencement » (anderer Anfang). Dans cet autre commencement que cherchait Heidegger, le Dasein humain acquiert un nouveau rapport à l’Être et un rapport libre à la technique.

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La gouvernementalité du feedback

Un texte de Jean Bartimée
À l’avènement du capital comme organisation matérielle planétaire, le pouvoir s’est fondu dans l’infrastructure planétaire du capital. Il s’est alors dissous de ses expressions mêmes, les États ne devenant que des éléments de ce gigantesque environnement contrôlé. C’est un basculement complet de la logique qui modifie la causalité même. La gouvernementalité mondiale s’appuie sur le socle paradigmatique de la cybernétique et de la biopolitique, articulé sur le mode de la boucle de rétroaction, autrement dit, du feedback. Il impose sur une situation, le caractère singulier de la situation est alors nié par l’agacement normatif et récursif de l’opération de la gouvernementalité. La gouvernementalité du feedback vise non à maîtriser la contingence, à dompter la possibilité de l’événement, mais à structurer le possible.

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La fin du judaïsme

Un texte de Giorgio Agamben
On ne peut comprendre le sens de ce qui se passe aujourd’hui en Israël si l’on ne comprend pas que le sionisme constitue une double négation de la réalité historique du judaïsme. Non seulement en ce qu’il transfère l’État-nation des chrétiens aux juifs, le sionisme représente l’aboutissement de ce processus d’assimilation qui, depuis la fin du XVIIIe siècle, a progressivement effacé l’identité juive. De manière décisive, comme l’a montré Amnon Raz-Krakotzkin dans une étude exemplaire, au fondement de la conscience sioniste se trouve une autre négation, la négation de Galut, c’est-à-dire de l’exil en tant que principe commun à toutes les formes historiques du judaïsme tel que nous le connaissons.

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Le temps du malaise

Édito
Un malaise douloureux ronge les âmes. Signe que le refoulement est devenu la règle, la norme d’une conduite saine. Surtout aux pays des Lumières, où la bêtise est à la hauteur de son ego. Les vérités ne cessent d’être niées et contestées par la mauvaise conscience, complice malheureuse du triomphe de l’état de choses. Les vérités sur la « séquence du Covid » sont significatives de l’être français, de son scepticisme de boutiquier, « celle d’une masse “cultivée”, avertie, qui se croit à l’opposé de l’ignorance, une bêtise “d’élite”. » (Dionys Mascolo, Lettre polonaise, sur la misère intellectuelle en France) Le pire de cette histoire, c’est peut-être cela : que le devenir français a été plus contagieux que le Covid. Les politisés et les radicaux qui se sont tant épris à défendre la société sont les tristes symptômes de cette contagion.

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Négations de l’exil

Un texte d’Ali Rebas
En Occident, la mémoire de la Seconde Guerre mondiale fait l’objet d’une redoutable capture. Son enrôlement par la propagande israélienne est loin d’être nouveau. Il a pris ces derniers mois une ampleur inédite. Cette mémoire a été mobilisée afin de justifier la destruction de Gaza, neutraliser les résistances et les oppositions à la guerre d’extermination menée par l’État d’Israël. Même les simples critiques, l’indignation humanitaire et de très modérés appels au cessez-le-feu n’ont pas été épargnés par des arguments tordus qui invoquaient l’histoire du nazisme et du judéocide.

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Dénivelés

Un texte de Justin Delareux
Le haut de la montagne est aussi le fond d’un océan. Nous marchons sur les crêtes d’un fond de
sommets. L’ascension est inversée. Pensant monter nous descendons. Les terres se sont soulevées.
Nous marchons au fond, nous marchons inversés. La tête du monde est ses pieds, la gravité, une
histoire de temps.

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Extractions

Un texte de Justus Bloom
On extrait de la Terre quelque chose en valeur, on extrait on tire on ôte, pour nourrir le manque qui fabriquera le manque, on creuse on évide, pensant le monde intarissable, faisant du monde l’objet au service de fonctions, on extrait la matière qu’on s’invente inerte autant qu’on ignore la vie, vie qu’on échange, qu’on transacte qu’on épuise. On épuise chaque jour et la Terre et les corps, qui passent et y passent, on épuise on extrait, sous couvert de mesure, mais l’homme ne maîtrise rien, et d’aucune science ne sortira la forme. L’empreint est sans retour, d’empreint il n’est rien, pillage plutôt, pendant que l’homme fatigue sa terre en creux, il se diminue dedans.

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Le Passagenwerk de Walter Benjamin

Un texte de Gianni Carchia
Avec la publication du Passagenwerk, les diverses directions de la production de Walter Benjamin successive au grand livre sur le drame du baroque allemand, lesquels se présentaient jusqu’à maintenant sous la forme de brèves apparitions rhapsodiques, de tentatives essentiellement contingentes, étroitement liées à la conjoncture sociohistorique des années trente, se recomposent finalement comme autant de pièces d’une seule et précieuse mosaïque. Précisément dans l’état de ruine, de l’infini champ des matériaux de construction dans lequel il apparaît aujourd’hui, le Passagenwerk est une Pompéi retrouvée, dont nous pouvons enfin tenter d’interpréter les villas de mystères.

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Gianni Carchia, Langage et mystique chez Carlo Michelstaedter

Un texte de Gianni Carchia
Sur l’œuvre de Carlo Michelstaedter, encore bien trop peu étudié, même en Italie où le regain d’attention des dernières années a surtout concerné le poète et le littéraire, bien plus que le philosophe, pèse comme un nuage qui en occulte et en affecte la compréhension des événements de la vie. Sa mort tragique a seulement vingt-trois-ans, en 1910, a été dès le début interprétée comme le scellement extrême, la marque d’authenticité apposée à sa conception délimitée dans La Persuasion et la rhétorique, sa thèse de fin d’année dont l’achèvement verra son suicide. Ainsi, la confusion troublante introduite entre la vie et l’œuvre, contre laquelle ont justement protesté ses critiques les plus avisées, à commencer par l’ami et directeur des Œuvres, Gaetano Chiavacci, n’a pas manqué de produire de graves équivoques interprétatives.

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Le degré Zorro de l’écriture en tête de gondole

Un texte de Patrick Drevet
En janvier 2024, un certain Geoffroy de Lagasnerie a pondu, dans la collection qu’il dirige, un opuscule intitulé Se méfier de Kafka.
Son affirmation centrale : « Un légitimisme de la norme juridique est fondamentalement à l’œuvre » dans les textes de Kafka parce que, de la Justice, il ne dénoncerait que les formes imprévisibles, arbitraires, contradictoires (p. 43). De Lagasnerie précise :« implicitement ».
Un tel raccourci, qui réduit à néant les études de Walter Benjamin, Maurice Blanchot, Hannah Arendt, Theodor Adorno, Marthe Robert et quelques autres tâcherons, donne le vertige. Comment ce jeune et médiatique professeur à je ne sais quelle École nationale supérieure d’art a-t-il dénoué en quelques lignes lestement troussées ce qu’autant d’exégètes furent incapables de résoudre une bonne fois pour toutes ?

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Conversation avec Balise ouvrante

Entretien
Dans une ère qui peine à saisir l’ensemble des affres du règne technologique, il nous a semblé que Conjurations, paru en février 2024 aux éditions La Grange Batelière, était un livre nécessaire à l’élaboration d’une intelligibilité de l’époque. Loin de se perdre dans des considérations idéelles, il s’agit d’abord de penser en commun ce qui s’impose souvent sous des formes individuelles et de construire un langage adéquat pour vivre et prendre acte. Ses auteurs reviennent avec nous sur certains des points saillants de l’ouvrage.

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S’arracher le réseau/premiers gestes

Un texte de Jean-Baptiste Vidalou
Le monde nous est servi, littéralement, à nous qui attendons notre proie, notre pitance, comme l’araignée sur sa toile. Pour manger, s’éclairer, se chauffer, aimer, militer, voter. Sauf qu’aujourd’hui, la toile a été agrandie au-delà du salon et s’est faite réseaux, car c’est seulement branchés aux réseaux que nous nous disons « vivre » et que là nous façonnons notre image. Réseaux sociaux, réseaux énergétiques, électriques, de la grande distribution, financiers, politiques, constituent le filet serré dont la prétention est d’englober la totalité du monde. Ce que Anders appelait une matrice.
Le propre des matrices est que, pour fonctionner, elles ne doivent pas apparaître comme telles.

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ChatGPT, ou l’eschatologie des machines

Un texte de Yuk Hui
ChatGPT suscite enthousiasme et crainte depuis son lancement en novembre 2022. Sa maîtrise apparente de la sémantique et de la syntaxe – mais pas encore du contenu – de différentes langues surprend les utilisateurs qui s’attendent à un chatbot ordinaire. L’intelligence artificielle semble avoir conquis un autre domaine qui, selon la philosophie classique, définit la nature humaine : le logos. La panique grandit avec cette nouvelle perte de territoire existentiel. L’imagination apocalyptique de l’histoire humaine s’intensifie à mesure que l’effondrement du climat et la révolte des robots évoquent la fin des temps. 

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Machine et écologie

Un texte de Yuk Hui
Cette quête de la technodiversité fait partie d’une enquête systématique de ma thèse sur la cosmotechnique dans La question de la technique en Chine (2016), qui s’oppose à certaines traditions de la philosophie, de l’anthropologie et de l’histoire de la technologie, et suggère qu’au lieu de prendre pour acquis un concept anthropologiquement universel de la technique, nous devrions concevoir une multiplicité de techniques, caractérisées par des dynamiques différentes entre le cosmique, le moral et le technique. Conventionnellement, nous avons tendance à penser que les machines et l’écologie sont opposées l’une à l’autre, parce que les machines sont artificielles et mécaniques tandis que l’écologie est naturelle et organique. On peut parler d’un dualisme de la critique (et non d’une critique du dualisme), puisque son mode de critique repose sur l’établissement de binômes qu’il ne parvient pas à dépasser, à l’instar de la conscience malheureuse.

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La vérité circulaire de l’information et sa négation

La question que je pose concerne la manière dont les différentes gouvernances sont capables d’accepter (et dans certains cas d’amplifier) la multiplication des régimes de vérité, tout en dictant les conditions de pertinence et de légitimité à cette multiplicité. L’hypothèse que je formule est que cette sélection se manifeste sous la forme d’une grammaire informationnelle, c’est-à-dire que l’organisation pratique des techniques n’est pas dictée par l’adhésion à un régime finaliste externe, mais plutôt par la capacité à rendre compte de leur contenu en tant qu’information. Toute théorisation sur la base de laquelle « tout est information » ne doit donc pas être comprise comme une hypothèse ontologique, mais plutôt comme une indication performative qui s’adresse aux différents « techniciens » et impose la distinction entre les discours scientifiques et non scientifiques, et donc entre les discours légitimes et non légitimes.

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Capital & Technique

Un texte d’Ezra Riquelme
Le capital est au seuil d’une nouvelle expansion de son impérialisme. Nous assistons à sa transformation d’un système mécaniste, comme l’avait observé par Karl Marx, à un système organismique réalisé par des dispositifs technologiques équipés d’algorithmes récursifs. Cette nouveauté configure une opération de grande ampleur, qu’on peut énoncer brièvement comme la simplification de la vie, c’est-à-dire la section de l’ensemble des formes qui constitue une vie vivante pour la réduire à une individualité codifiée et shootée à l’ego-trip de l’autovalorisation par de ses excroissances technologiques. Ce merveilleux monde généralise l’abondance de l’insatisfaction au prix de la pénurie d’expériences sensibles, et accroît un désir de contrôle sur le simple fait que tout nous échappe. Les excroissances, ou écosystèmes technologiques, sont là pour nous offrir, pour un temps, la satisfaction du sentiment de contrôler son existence. C’est pourtant tout le contraire qui s’éprouve dans le quotidien.

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L’éternel chantage

Édito
Dans cette énorme société de prédateurs, Emmanuel Macron tire encore son épingle du jeu. Depuis plusieurs mois déjà, il prépare assidûment son coup de poker : mettre Jordan Bardella au pouvoir pour mieux le disqualifier aux prochaines élections présidentielles. En bon pervers qu’il est, Macron remet aux mains du « peuple » la décision d’élire ou non Bardella, à la manière d’une mère qui décide de responsabiliser ses enfants en leur soumettant le choix de la punition. Quel que soit le choix des enfants, leur décision ne fait qu’accroître leur dépendance envers leur mère. Ils penseront être libres de décider, mais leur décision sera toujours médiée par le rapport à leur mère. Qu’importe la nature du vote, qu’il soit en faveur ou contre Macron, tout est fait pour unir dans la dépendance envers lui. Même dans la haine, il y a une recherche d’approbation envers le haï.

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